Bientôt côté en bourse ?

Publié le par patdinina972

La crise de l'hôpital public est une crise financière. Avec la logique libérale, seule pensée de tous les ténors intellectuels et relayé en grande pompe par les médias, nos politiques et nos gouvernants refusent d'augmenter les ressources de la Sécurité sociale et de mieux répartir les remboursements. Par conséquent, les mutuelles ou assurances complémentaires ainsi que la contribution personnelle des ménages ne cessent d'augmenter.

La solution qui a été envisagée et developpée depuis la réforme de "l'hôpital 2007" est la mise en place du paiement à l'activité appelé T2A. A chaque activité correspond un code et une somme d'argent. Il existe donc des malades rentables et des malades non rentables. Un patient ne devient qu'une donnée économique. Les médecins hospitaliers sont des gestionnaires qui ne rechercheront que les malades rentables. Ce système ne prend pas du tout en compte la qualité des soins. Une hospitalisation courte mais répétée pour une maladie mal soignée peut être privilégiée (voir article http://viehopital.over-blog.com/article-14489072.html).
Comme toute entreprise, certains médecins gestionnaires bénéficieront d'une prime d'interressement. Pourtant l'ordre des médecins a dû rappeler que ceci est contraire à l'éthique médicale.




Aujourd'hui les hôpitaux publics sont en concurrence entre eux, mais le sont également avec les cliniques privées. Il est très interressant de constater que les honoraires médicaux dans les cliniques privées ne sont pas pris en compte dans le calcul du coût des soins, alors que dans le public c'est le contraire. De plus, les admissions dans les cliniques privées sont très souvent prévues à l'avance, par conséquent les examens sont toujours fait à l'extérieur. A l'hôpital public, 50% des hospitalisations, et parfois beaucoup plus dans certains hôpitaux, ne sont pas programmées et les examens sont faits à l'hôpital. Les missions de service publique sont conférées à l'hôpital, urgences 24 heures sur 24, pas de sélection des malades....
Enfin, la formation initiale et continue de l'ensemble des soignants est conférée à l'hôpital public.

Aujourd'hui, une deuxième étape a été franchie, avec l'obligation de maintenir l'équilibre financier pour chaque pôle. Pour se faire, la masse salariale sera la variable d'ajustement. Comme dans toute entreprise, un pôle pourra fermer des activités, réduire son personnel et à terme déposer son bilan. Ce dernier n'est pas encore possible, c'est pour cela que la commission larcher qui se penche sur l'avenir de l'hôpital public sera tentée de recommander le changement de statut de l'hôpital public. Ceci touchera inévitablement le statut des salariés, et la norme deviendra la contractualisation. Il est à noter que la plupart des syndicats ne souhaitent pas parler des contractuels.

Mr de Kervasdoué ancien directeur des hôpitaux qui était convaincu que la santé n'est pas une marchandise, aujourd'hui a retourné sa veste. Il écrit : "L'élaboration de la stratégie de l'hôpital public ressemble justement à celle des autres entreprises... . Il s'agit d'analyser l'activité et la clientèle... . Même si le mot marketing est encore tabou du fait de sa connotation agressive, on cherche à vendre. C'est bien de cela qu'il s'agit ici." (extrait de l'Hôpital, presse universitaie de France, coll. "qui sais-je?", Paris 2004). La direction de la clientèle créée silencieusement et le changement de terme dans la charte du client et non plus patient ne sont pas anodains. Selon ce dernier, à terme, il faudra attendre 8 ans pour que la réforme atteingne son but ultime : pouvoir licencier. (Voir son livre L'hôpital vu du lit, Seuil, Paris, 2004, p.132).



Mais à quand la dernière étape ? Celle qui consistera à autoriser l'hôpital à entrer en bourse, afin de permettre des recapitalisations comme cela se passse en Allemagne.
Le modèle adulé est celui des cliniques privées. La Générale de santé, industrie des cliniques privées en France et en Italie, a vu une croissance de son chiffre d'affaire grâce à la mise en oeuvre de la T2A, au détriment de l'hôpital public. Le directeur de l'établissement privé d'Anthony (Les Hauts -de-Seine), appartenant au groupe La Générale de santé, a expédié 10 000 lettres aux médecins afin de leur expliquer que, dans un souci de pénérisation des comptes de la Sécurité sociale, ils fallaient qu'ils envoient leurs patients à la clinique privée et non à l'hôpital public. La fédération hospitalière de France a protesté contre cete concurrence déloyale.
Enfin, dernier verrou à sauter, laisser filer les comptes de la Sécurité sociale. Le but est de la mettre en concurrence avec les assurances privées comme cela se passe aux Pays-Bas depuis 4 ans.
Tout ceci, selon les fervents admirateurs du libéralisme, de gauche comme de droite, dans le but necessaire de s'adapter à la modernité. Ceux qui pensent le contraire, sont en général, traités de corporatiste.
Il est vrai qu'il faut réorganiser l'hôpital public aux besoins des patients. Mais sommes nous prêts à payer plus pour la santé ? Dans le cas contraire, il faudra assumer le pire : voire l'accès des soins restreints à un nombre croissant de personne.

Publié dans Politique de santé

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alain 11/04/2008 03:28

A vous lire, je vois que notre système de sante publique dérive rapidement vers le mercantilisme. Mais ce n'est pas un scoop. Oui, la politique de soins va beaucoup changer et on ne pourra rien y faire. Sachez pour info que dans mon CHU la direction travail main dans la main avec les dirlos du groupe PSA. Ils élaborent tranquillement des techniques manageriales largement éprouvées par les Vendeurs de voitures. Moralité, une note de service de notre D.R.H est arrivée en janvier dernier pour mettre le personnel au pas, à la façon Sarko-Fillonnienne.Aucune négociation possible. Leurs ambitions de réforme se ferront d'autorité. La grande marche est en route mais malheureusement ce n'est pas celle que j'attendais...alors je m'incline et après 20 ans de métier je prépare mon départ pour faire autre chose et mettre fin à un métier que j'ai vraiment aimé. J'ai du regret, les patients me manqueront et vous aussi chers collègues......

courbevoie 10/04/2008 04:53

La Cour de justice europeenne a posé en 1998 que les soins médicaux sont des services et en 2001 que les soins hospitaliers le sont aussi.
C'est le debut de la fin!!

Julien 10/04/2008 04:52

La tarification à l’activité se répand. Dans ce contexte, une logique de compétition est en train d’apparaître de façon cruciale, notamment dans des zones où on avait l’habitude d’essayer de travailler en coopération, de part et d’autre des frontières par exemple. Lorsque l’on interroge des gestionnaires français, britanniques ou allemands, on sent qu’il existe une compétition pour avoir des patients : patients = ressources.

Jean-baptiste 06/04/2008 04:56

et personne ne s'insurge!!!
Ou va t-on?

Cedric 05/04/2008 18:26

Mais ne trouvez vous pas que nous payons déjà de plus en plus pour ( forfait de 1€, franchise medicale, déremboursements etc.) alors je dis STOP à payer plus ! Cela ne fait qu'exclure des millions de personnes de l'accès aux soins !

Ce qu'il faut, c'est revenir aux fondamentaux de la medecine, et abandonner toute logique financière et de gestion !