La judiciarisation galopante

Publié le par patdinina972

Arrivé à mon poste, c'est à dire à 21 h 15, ma cadre m'attendait dans la salle de repos. Elle me remis une lettre qui m'etait destinée.
Son contenu :
à la demande du Lieutenant de Police, Officier de Police Judiciaire
                          Mr X ( Moi )
                          est prié de bien vouloir se présenter à l'hôtel de Police dès réception pour affaire vous concernant......


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Rappel des faits 

Juillet dernier, les collègues de l'apres-midi reçurent une patiente agée de 59 ans via les urgences. Elle etait accueillie par  une infirmière. Prise des paramètres, installation sur le lit, demande de renseignement administratif afin de remplir son dossier de soin, surveillance de la douleur....
Un patient n'étant jamais seul, un autre dans une chambre voisine fit une crise d'épilepsie. L'infirmière quitta la chambre de la patiente précipitemment pour secourir le malade en état de crise. Pendant son intervention, la patiente agée de 59 ans tomba de son lit. Quelques semaines plus tard, elle mourait. 
La famille porta plainte au motif que la mort a été causée par la chute et que l'infirmière est responsable car elle a oublié de relever les barrières.
Tout le personnel paramédical de mon service a été convoqué par un Officier de Police Judiciaire.



Société procédurière

Nous sommes dans une société qui "s'américanise". Les patients sont devenus "clients". Ils veulent de la qualité et des résultats, et il est normal, à mon avis, de vouloir le meilleur. Avant, un médecin avait une obligation de moyen, aujourd'hui il a une obligation de résultat. Cette société est devenue de plus en plus procédurière. Les "patient-clients" ainsi que leur famille n'hésitent plus à porter plainte. Les soignants sont aujourd'hui confrontés à ce phénomène qui s'amplifie d'année en année. Depuis ces quatres dernières années, j'ai été entendu par la Police trois fois dans des enquêtes judiciaires.  


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Si, dans le cas présent l'infirmière a effectivement fait une faute, la mort est elle imputable à la chute ? Si oui, n'a t-elle pas des circonstances atténuantes ?
Rappelons que deux infirmières travaillent l'après-midi auprès de 27 patients atteints d'accidents vascuslaires cérébraux, d'insuffisance rénale, de diabète, de tumeur cérébrale,...., C'est un service lourd, le plus lourd de l'hôpital. 
Qui est vraiment responsable ? L'hôpital n'a t-il pas une responsabilité ? Le fait de recruter peu d'infirmières nuit il pas à la sécurité des patients ?



Dotation en personnel infirmier

Depuis les années 90, les hôpitaux publics ont entrepris de nombreuses mesures pour la réduction des coûts, et ceci passe inexorablement par la suppression de personnel. Ceci accroît, par mécanisme automatique, la charge de travail. Une infirmière ne peut pas avoir la même efficacité professionnelle en augmentant sa charge de travail, d'autant que ses responsabilités  sont devenues de plus en plus importantes ( voir
http://viehopital.over-blog.com/article-12661605.html et article 5 du Décret de compétence ).
La pénurie d'infirmiers se prolonge par des conditions de travail et de repos sans cesse dégradées. Le remplacement tardif d'infirmiers maldes ou quittant l'hôpital oblige les collègues en place à  supprimer les congés et les repos. Ceci accumule la fatigue et le stress.  Les infirmiers et infirmières ne peuvent pas, dans ces conditions, effectuer un travail de qualité, ou même correct.
Pourtant une étude au Canada a révélé que "l'augmentation du nombre d'heures de travail des infirmieres dans les services de médecine et de chirurgie devrait entrainer une diminution des résultats négatifs pour les patients, de même qu'une augmentation de leur sécurité et de leur degré de satifaction à l'égard des soins reçus" ( voir
http://cna-aiic.ca/CNA/documents/pdf/publications/RS_Decreasing_RN_Staffing_f.pdf ).


Alors à qui imputer la faute ? La réflexion peut être prolongée : l'Etat n'est il pas responsable de cette pénurie ? Sachons le tous que c'est lui qui établit le budget des hôpitaux ainsi que son mode de financement.

Publié dans Ma vie à l'hôpital

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elisabeth 05/06/2008 18:24

triste histoire notre métier est en premiere ligne lorsqu'il y a un probleme tu ne precises pas si le medecin avait fait une prescription medicale pour la barrière
et sache que maintenant qu il existe l ordre infirmier et surtout la commission de consiliation dans chaque departement
elisabeth
elue de la commission departementale du puy de dome

AUTRAN 13/01/2008 14:46

Je suis IDE et travaille de nuit depuis 15 ans.Ce problème de barrières est insoluble.Au nom de la liberté individuelle du patient,nous n'avons pas le droit de mettre des barrières sans prescription médicale.J'ai ainsi dû faire face à de nombreuses chutes,parfois aux conséquences dramatiques,parce que les médecins avaient omis ou refusé de prescrire les barrières pour ces patients à risque de chute pourtant élévé...cela m'a mise en colère plus d'une fois,car en cas de plainte,comment prouver que seul le médecin est responsable??? la théorie selon laquelle il vaut mieux qu'un patient chute sans barrières plutôt qu'en passant par dessus,me rend folle! par expérience,je sais que la plupart des patients susceptibles de tomber ne se lèveront pas et ne chuteront donc pas s'ils ONT les barrières...désormais,la nuit,dès que je juge qu'un patient risque de chuter pour de multiples raisons(agitation,confusion etc...),je prends la responsabilité de mettre une ou deux barrières de façon préventive,même sans prescription;la sécurité du patient prime à mes yeux sur "sa liberté" de tomber et de s'ouvrir le crâne ou se fracturer quelque chose!!!...dans bien des domaines,et notamment celui-là,l'exercice de notre profession s'est compliqué de façon aberrante,c'est insupportable,mais c'est comme ça...

christie 08/01/2008 11:24

Je viens de reprendre ton article avec le lien suivi de mes commentaires. Car je sais qu'il y a d'autres moyens d'action plus colectifs. Il suffit de s'y mettre car l'union fait la force.
Bonne journée. Amitiés.

Mato 14/12/2007 09:33

Cet article est pour moi significatif de la situation de la vie d'aujourd'hui. J'ai été à l'hopital plusieurs fois et à chaque fois en Urgence notament il y a très peu de temps pour un pneumotorax et j'ai connu une expérience qui m'a amené à comparer deux services différents de deux établissement différents. L'un était un hopital public et l'autre une clinique privée.
La différence de prise en charge est extrême. Je suis resté dix sept jour en tout. J'ai été très bien accueilli et soutenu par les infirmières de l'hopital public qui m'ont offert la chance d'être soutenu et à 20 ans quand vous rentrez avec une douleur atroce aux urgence vous êtes content que l'on vous soutienne et que l'on vous prenne en charge. Malheureusement pour moi le spécialiste qui a dû s'occuper de moi travaillé dans une clinique privée et j'ai été mal accompagné , ils m'ont fait attendre beaucoup et m'ont laisser quelque jours avant de m'opéré car ils m'ont dit que je n'étais pas un cas grave... pour tous ceux qui ont eu un pneumotorax ils comprendront ce que c'est et le miens était bien sûr total. En tout cas même si ma petit histoire ne rejoind pas trop le sujet de cet article je tenais à montrer que l'accueil et la prise en charge a été différente , on m'a traité en tant que patient malade et on s'est occupé de moi et dans l'autre situation j'étais un client qui passerra quand on lui dira d'où le constat de cet article par votre vision d'infirmier et par la mienne de patient... drôle de société !
En tout cas je tiens sincérement à remercier les infirmiers infirmières qui font un travail remarquable et sans qui certaines personnes ne vivraient plus aujourd'hui.
Merci à vous...

patdinina972 14/12/2007 18:36

Merci de ton soutien. Le système hospitalier se transforme et à l'echéance il se transformera en une foerterresse pour client. les cliniques ne choisissent leurs clients, alors que dans le public, on ne choisit personne. Normal, le but est de se faire de l'argent. Et puis, il n' y a pas de personnel adéquate, la sécurité est très minime.

Pascal 13/12/2007 04:15

Cela deviendra commun. On est dans une logique de résultat, peut importe à qui la faute. De tout facon, l'hôpital se retournera contre nous même si on a des circonstances atténuantes.