Mardi 4 décembre 2007 2 04 /12 /Déc /2007 17:18
Arrivé à mon poste, c'est à dire à 21 h 15, ma cadre m'attendait dans la salle de repos. Elle me remis une lettre qui m'etait destinée.
Son contenu :
à la demande du Lieutenant de Police, Officier de Police Judiciaire
                          Mr X ( Moi )
                          est prié de bien vouloir se présenter à l'hôtel de Police dès réception pour affaire vous concernant......


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Rappel des faits 

Juillet dernier, les collègues de l'apres-midi reçurent une patiente agée de 59 ans via les urgences. Elle etait accueillie par  une infirmière. Prise des paramètres, installation sur le lit, demande de renseignement administratif afin de remplir son dossier de soin, surveillance de la douleur....
Un patient n'étant jamais seul, un autre dans une chambre voisine fit une crise d'épilepsie. L'infirmière quitta la chambre de la patiente précipitemment pour secourir le malade en état de crise. Pendant son intervention, la patiente agée de 59 ans tomba de son lit. Quelques semaines plus tard, elle mourait. 
La famille porta plainte au motif que la mort a été causée par la chute et que l'infirmière est responsable car elle a oublié de relever les barrières.
Tout le personnel paramédical de mon service a été convoqué par un Officier de Police Judiciaire.



Société procédurière

Nous sommes dans une société qui "s'américanise". Les patients sont devenus "clients". Ils veulent de la qualité et des résultats, et il est normal, à mon avis, de vouloir le meilleur. Avant, un médecin avait une obligation de moyen, aujourd'hui il a une obligation de résultat. Cette société est devenue de plus en plus procédurière. Les "patient-clients" ainsi que leur famille n'hésitent plus à porter plainte. Les soignants sont aujourd'hui confrontés à ce phénomène qui s'amplifie d'année en année. Depuis ces quatres dernières années, j'ai été entendu par la Police trois fois dans des enquêtes judiciaires.  


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Si, dans le cas présent l'infirmière a effectivement fait une faute, la mort est elle imputable à la chute ? Si oui, n'a t-elle pas des circonstances atténuantes ?
Rappelons que deux infirmières travaillent l'après-midi auprès de 27 patients atteints d'accidents vascuslaires cérébraux, d'insuffisance rénale, de diabète, de tumeur cérébrale,...., C'est un service lourd, le plus lourd de l'hôpital. 
Qui est vraiment responsable ? L'hôpital n'a t-il pas une responsabilité ? Le fait de recruter peu d'infirmières nuit il pas à la sécurité des patients ?



Dotation en personnel infirmier

Depuis les années 90, les hôpitaux publics ont entrepris de nombreuses mesures pour la réduction des coûts, et ceci passe inexorablement par la suppression de personnel. Ceci accroît, par mécanisme automatique, la charge de travail. Une infirmière ne peut pas avoir la même efficacité professionnelle en augmentant sa charge de travail, d'autant que ses responsabilités  sont devenues de plus en plus importantes ( voir
http://viehopital.over-blog.com/article-12661605.html et article 5 du Décret de compétence ).
La pénurie d'infirmiers se prolonge par des conditions de travail et de repos sans cesse dégradées. Le remplacement tardif d'infirmiers maldes ou quittant l'hôpital oblige les collègues en place à  supprimer les congés et les repos. Ceci accumule la fatigue et le stress.  Les infirmiers et infirmières ne peuvent pas, dans ces conditions, effectuer un travail de qualité, ou même correct.
Pourtant une étude au Canada a révélé que "l'augmentation du nombre d'heures de travail des infirmieres dans les services de médecine et de chirurgie devrait entrainer une diminution des résultats négatifs pour les patients, de même qu'une augmentation de leur sécurité et de leur degré de satifaction à l'égard des soins reçus" ( voir
http://cna-aiic.ca/CNA/documents/pdf/publications/RS_Decreasing_RN_Staffing_f.pdf ).


Alors à qui imputer la faute ? La réflexion peut être prolongée : l'Etat n'est il pas responsable de cette pénurie ? Sachons le tous que c'est lui qui établit le budget des hôpitaux ainsi que son mode de financement.
Par patdinina972 - Publié dans : Ma vie à l'hôpital - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Commentaires

Toutes les professions paramédicales sont sujettes à la judiciarisation. En voulant donner plus de droit aux patients, on arrive à l'effet inverse. Quelles sont les solutions aujourd'hui prposées ? prendre une assurance juridique complémentaire. c'est tout ce qu'on nous propose.
Commentaire n°1 posté par cindy le 05/12/2007 à 01h23
Triste constat en effet... Nos responsabilités sont bien réelles, tout comme l'évolution de l'esprit du "consomateur" de soin.. Pour les barrières.. c'est un sytème de contention et donc mettre des barrières à un lit est une prescription médicale.. De plus il peut être plus dangereux pour un patient de mettre des barrières que de ne pas en mettre.. Hé oui! s'il est agité et qu'il passe par dessus il tombe d'encore plus haut!!..
Commentaire n°2 posté par Sophie le 05/12/2007 à 09h31
Je ne pense pas qu'il est nécessaire d'établir une prescription pour relever les barières. La décision se prend souvent de façon collégiale. Et n'oublions pas nos responsabilté, voir notre décret de compétence. Si un danger existe, on doit appliquer les règles de sécurité.
Réponse de patdinina972 le 05/12/2007 à 22h35
Bonjour Sur mon blog http://r-sistons.over-blog.com, je sors bientôt un article sur la deshumanisation de notre société, et je publierai ton article pour illustrer. Clients numéros.... je sais ! Très bon article ! Le coupable ? La rentabilité, credo du système libéral. On en oublie l'humain amicalement, Eva journaliste-resistante à l'intolérable qu'on prépare sur le dos des peuples.
Commentaire n°3 posté par eva journaliste-resistante le 05/12/2007 à 21h30

Pas de probleme pour illustrer ton article.
La rentablité est coupable, je ne pense pas, c'est l'homme qui est coupable. Il y en a deux sortes qui sont coupables : les profiteurs (les politiques, les ultra-libéraux...), et ceux qui ne disent rien et préfèrent subir ( il est étonnant de voir dans notre profession un pan de contestation, mais seulement peu de cette catégorie de personnel se soulever pour améliorer les choses )

Réponse de patdinina972 le 05/12/2007 à 22h40
... j'ai écrit un commentaire, je ne le vois pas.... est-il modéré ? Je fais cet essai eva http://r-sistons.over-blog.com
Commentaire n°4 posté par eva journaliste-resistante le 05/12/2007 à 21h43
Merci pour ton passage... Quant au commentaire sur l'article... Il ne s'agit pas d'une rupture mais d'un décès. Non ce n'est pas la vie de se faire tuer à 25 ans... Bonne soirée ;-)
Commentaire n°5 posté par dede299 le 05/12/2007 à 23h00
La rentabilité est la faiblesse des hommes. Plus ils en ont, plus ils en veulent. La santé subit le libéralisme. Tout a privatiser ? Le plus dur reste à venir.
Commentaire n°6 posté par Ludivine le 05/12/2007 à 23h03
...je disais que la rentabilité est responsable, non l'infirmière, car elle doit TOUT gérer en même temps, puisqu'on a fait des économies (rentabilité oblige)en embauchant insuffisamment de personnel tu peux regarder ma réponse à ton commentaire sur http://r-sistons.over-blog.com Eva
Commentaire n°7 posté par eva journaliste-resistante le 05/12/2007 à 23h48
Merci de ta réponse. A qui profite cette insuffisance ?
Réponse de patdinina972 le 06/12/2007 à 05h44
Pourtant, je pense qu'il faut absolument sauver les finances des hôpitaux si l'on veut garder notre bon systeme de santé à la française. Cela passe par une nouvelle organisation des soins et du fiancement. Voyons après ce que cela donne.
Commentaire n°8 posté par Laurent le 06/12/2007 à 14h39
La rentabilté, ce n'est pas seulement à l'hôpital.Si on ne fait pas attention, on deviendra ce que nos parents n'ont jamais voulu : une société américaine. De Gaulle avait raison, les français sont des moutons.
Commentaire n°9 posté par Ludovic le 06/12/2007 à 17h51
... à qui profite l'insuffisance ? Aux profiteurs ! Ludovic, le rôle des Américains est intolérable, ils influencent Sarkozy, et je dénonce cela tout le temps dans mon blog, c'est la fin de la spécificité française, de son indépendance, et le début du CAUCHEMAR, car tout va ête privatisé, il y aura un système de santé à 2 vitesses, et les pauvres ne pourront se faire soigner... Horreur ! Regarde la présentation de mon blog http://r-sistons.over-blog.com : contre l'américanisation de la société ! Eva
Commentaire n°10 posté par eva journaliste-resistante le 07/12/2007 à 18h13
Nous sommes quand même plus effroyable que les américains. Je m'explique, eux à travers l'OMC veulent qu'on libéralise nos secteurs, comme le secteur Postal, et en France, ou plutot en Europe, Les Postes sont sujettes à être privatisées. Aux USA, la poste est etatique même si elle a des concurrents, mais elle n'est pas privatisée.
Réponse de patdinina972 le 07/12/2007 à 21h24
Hey… voici mon vote du jour bon début de week ! et bonne soirée ◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙ ╔════╗ ║░+5.░╠═∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕∕►►►● ╚════╝ ◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙◙
Commentaire n°11 posté par http://rc7-69.skyrock.com le 07/12/2007 à 19h55
Eva, tu as raison, mais cette société est voulu par tout le monde. Qui ne dit rien? nous!! Qui ne fait rien ? nous
Commentaire n°12 posté par Laurent le 07/12/2007 à 20h43
Pouvez vous nous informer de la suite des évènements ?!!
Commentaire n°13 posté par Murielle le 08/12/2007 à 15h14

La justice est longue, cela peut prendre quelques années !!!

Réponse de patdinina972 le 08/12/2007 à 23h21
Ca devient complètement fou ! Bon courage dans ce métier passionnant mais maintenant à risque ! +5 au passage
Commentaire n°14 posté par courti le 09/12/2007 à 22h48
merci pour ton soutien
Réponse de patdinina972 le 10/12/2007 à 00h47
J' ai vu que ce mal du libèralisme liè à l'agcs devrait trouver une solution à ce numèrus closus de soignants à travers l'importation de personnel venant des pays du sud ,mais il parait qu'il y a un problème de langue , c'est grave , si on ne se comprend pas ! .... Peut-on savoir ou se font soigner nos élites qui ont en responsabilités les secteurs de soins ? Bon courage .
Commentaire n°15 posté par VOITOU le 10/12/2007 à 00h29
On a déjà fait venir des infirmières espagnols, et ce fut un échec. En plus de la barrière de la langue, la formation initiale de ces dernieres n'est pas de même exigence. 
Nos gouvernants ont leur hôpitaux privés, ou se font soigner dans des hôpitaux militaires, telle que Percy.
Réponse de patdinina972 le 10/12/2007 à 00h53
Saluu +5 pour ton blog il es géniale Vien faire un tour sur le mien et laisse un comzz au moin www.migalou.skyrock.com Pi aussi va faire un tour sur http://migouaville.miniville.fr/
Commentaire n°16 posté par Miguel le 12/12/2007 à 00h02
Cela deviendra commun. On est dans une logique de résultat, peut importe à qui la faute. De tout facon, l'hôpital se retournera contre nous même si on a des circonstances atténuantes.
Commentaire n°17 posté par Pascal le 13/12/2007 à 04h15
Cet article est pour moi significatif de la situation de la vie d'aujourd'hui. J'ai été à l'hopital plusieurs fois et à chaque fois en Urgence notament il y a très peu de temps pour un pneumotorax et j'ai connu une expérience qui m'a amené à comparer deux services différents de deux établissement différents. L'un était un hopital public et l'autre une clinique privée. La différence de prise en charge est extrême. Je suis resté dix sept jour en tout. J'ai été très bien accueilli et soutenu par les infirmières de l'hopital public qui m'ont offert la chance d'être soutenu et à 20 ans quand vous rentrez avec une douleur atroce aux urgence vous êtes content que l'on vous soutienne et que l'on vous prenne en charge. Malheureusement pour moi le spécialiste qui a dû s'occuper de moi travaillé dans une clinique privée et j'ai été mal accompagné , ils m'ont fait attendre beaucoup et m'ont laisser quelque jours avant de m'opéré car ils m'ont dit que je n'étais pas un cas grave... pour tous ceux qui ont eu un pneumotorax ils comprendront ce que c'est et le miens était bien sûr total. En tout cas même si ma petit histoire ne rejoind pas trop le sujet de cet article je tenais à montrer que l'accueil et la prise en charge a été différente , on m'a traité en tant que patient malade et on s'est occupé de moi et dans l'autre situation j'étais un client qui passerra quand on lui dira d'où le constat de cet article par votre vision d'infirmier et par la mienne de patient... drôle de société ! En tout cas je tiens sincérement à remercier les infirmiers infirmières qui font un travail remarquable et sans qui certaines personnes ne vivraient plus aujourd'hui. Merci à vous...
Commentaire n°18 posté par Mato le 14/12/2007 à 09h33
Merci de ton soutien. Le système hospitalier se transforme et à l'echéance il se transformera en une foerterresse pour client. les cliniques ne choisissent leurs clients, alors que dans le public, on ne choisit personne. Normal, le but est de se faire de l'argent. Et puis, il n' y a pas de personnel adéquate, la sécurité est très minime.
Réponse de patdinina972 le 14/12/2007 à 18h36
Je viens de reprendre ton article avec le lien suivi de mes commentaires. Car je sais qu'il y a d'autres moyens d'action plus colectifs. Il suffit de s'y mettre car l'union fait la force. Bonne journée. Amitiés.
Commentaire n°19 posté par christie le 08/01/2008 à 11h24
Je suis IDE et travaille de nuit depuis 15 ans.Ce problème de barrières est insoluble.Au nom de la liberté individuelle du patient,nous n'avons pas le droit de mettre des barrières sans prescription médicale.J'ai ainsi dû faire face à de nombreuses chutes,parfois aux conséquences dramatiques,parce que les médecins avaient omis ou refusé de prescrire les barrières pour ces patients à risque de chute pourtant élévé...cela m'a mise en colère plus d'une fois,car en cas de plainte,comment prouver que seul le médecin est responsable??? la théorie selon laquelle il vaut mieux qu'un patient chute sans barrières plutôt qu'en passant par dessus,me rend folle! par expérience,je sais que la plupart des patients susceptibles de tomber ne se lèveront pas et ne chuteront donc pas s'ils ONT les barrières...désormais,la nuit,dès que je juge qu'un patient risque de chuter pour de multiples raisons(agitation,confusion etc...),je prends la responsabilité de mettre une ou deux barrières de façon préventive,même sans prescription;la sécurité du patient prime à mes yeux sur "sa liberté" de tomber et de s'ouvrir le crâne ou se fracturer quelque chose!!!...dans bien des domaines,et notamment celui-là,l'exercice de notre profession s'est compliqué de façon aberrante,c'est insupportable,mais c'est comme ça...
Commentaire n°20 posté par AUTRAN le 13/01/2008 à 14h46
triste histoire notre métier est en premiere ligne lorsqu'il y a un probleme tu ne precises pas si le medecin avait fait une prescription medicale pour la barrière et sache que maintenant qu il existe l ordre infirmier et surtout la commission de consiliation dans chaque departement elisabeth elue de la commission departementale du puy de dome
Commentaire n°21 posté par elisabeth le 05/06/2008 à 18h24

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