A qui profite la pénurie infirmière ?

Publié le par patdinina972

Témoignage de Isabelle Aubert-Baudron, infirmiére

Un contrat oral non similaire au contrat écrit :

Mon dernier CDD a été riche d'enseignements sur les pratiques qui se répandent actuellement dans les services publics et l'administration en général.

J'ai répondu au mois de mai à une offre d'emploi proposant un CDI en maison de retraite publique, pour une infirmière référente d'un service de 45 résidents. Lors de l'entretien d'embauche, la directrice me dit qu'elle a besoin d'une infirmière à temps plein suite au départ récent de l'une d'elle et à un accident de l'infirmier cadre qui le maintient en maladie depuis quelques mois. L'établissement de 135 résidents fonctionne actuellement avec 2 infirmières. Concernant les heures supplémentaires que j'effectuerai, j'aurai le choix entre les récupérer ou me les faire payer. Elle me propose un salaire correct en fonction de mon ancienneté et une titularisation rapide. J'accepte le contrat et commence à travailler quelques jours plus tard.

A mon arrivée dans l'établissement, la directrice est absente quelques jours et je n'ai pas encore signé mon contrat. Quand la secrétaire me présente celui-ci à son retour, il s'agit d'un contrat de remplacement de trois mois pendant l'été, s'achevant fin août. Je lui dit que son contenu ne correspond pas à l'offre verbale de la directrice, et que je ne souhaite pas un CDD de trois mois. La directrice me convoque peu après et m'explique que ces trois mois correspondent à une période d'essai, qu'elle ne peut me signer un CDI directement, et que mon intégration dans l'équipe nécessite la réunion d'un conseil pour qu'elle puisse avoir les fonds pour mon salaire, mais que les conditions verbales qu'elle m'a exprimée auparavant sont valables.

Visite médicale : de curieuses similarités :

Quinze jours plus tard, je suis convoquée à une visite auprès du médecin du travail. Je suis assez étonnée de constater un certain nombre de similarités avec celle que j'avais passée dans une autre région en 2003, qui avait duré 3 h 30 et dont la somme des irrégularités accumulées par le médecin du travail valait son pesant de cacahouètes. Il me refait le coup des exercices d'assouplissement, fouille mon passé professionnel, mes conditions de vie présentes, me demande mon accord écrit pour qu'il puisse se procurer mon dossier médical des années précédentes à l'hôpital. Bien que je lui fournisse d'emblée mes certificats de vaccinations, il me réclame ceux des années précédentes, ainsi qu'un document attestant de ma dernière radio des poumons. J'ai beau être en règle avec tout cela, il veut des preuves et dit qu'il ne me lâchera pas avant de les avoir. Il me libère au bout d'une heure, me confiant à l'infirmière pour les examens d'urine, des yeux, et la pesée, et lui demandant de me rédiger un courrier avec la liste des documents qu'il me demande de lui fournir pour statuer sur mon aptitude. Quand l'infirmière me fait monter sur la balance, le poids affiché ne correspond pas au mien, affichant 5 kg de plus. Ma première réaction est de penser que j'ai du poids à perdre, puis je réalise que dans la mesure où je loge toujours dans mes vêtements des années précédentes, ce n'est pas mon poids qui a changé, mais la balance qui affiche un poids supérieur. J'en fais la réflexion à l'infirmière, qui me répond que tous les gens lui disent la même chose, et que la balance doit être fausse, mais elle inscrit néanmoins le poids affiché.

Les jours suivants je demande aux autres salariés de l'établissement ce qu'il en est de leurs expériences de leur visite médicale, et j'obtiens deux sortes de témoignages : certains agents sont restés 10 minutes, et d'autres une heure, se plaignant également des documents qu'on leur demande de fournir. Au sujet de la balance, les agents dont les visites ont été courtes ont été pesés avec une balance qui se trouvait dans le bureau du médecin, qui affichait leur poids normal, et les autres dont les visites ont duré une heure, ont été pesés avec celle se trouvant dans le bureau de l'infirmière, qui affichait un poids supérieur d'environ 5 kg à leur poids réel.

Très étonnée de ces témoignages, et des similarités avec la visite de 2003, j'en déduis que certains médecins du travail disposent de protocoles différents à appliquer aux agents en fonction d'un certain nombre de critères que j'ignore, mais dont le but est manifestement de trouver des motifs pour les déclarer inaptes.

Connaissant maintenant les relations entre directeurs d'établissement et médecins du travail, j'en déduis qu'il existe la probabilité d'une entente préalable pour écarter les agents que le directeur ne veut pas embaucher définitivement, comme cela avait été le cas trois ans plus tôt.

A mon arrivée dans l'établissement, les deux autres infirmières travaillent toutes les deux et me font découvrir les lieux et l'organisation. Nous travaillons à trois horaires différents : 6 h 45 - 15 h 15, 7 h 30 - 16 h et 9 h 30 - 18 h. A trois, nous nous acquittons des tâches suivantes :

- distribution des médicaments du matin, injections, prises de sang, de tensions, gouttes oculaires, préparation des médicaments du lendemain pour un service : 1 infirmière entre 6 h 45 et 9 h 30

- pansements : une autre infirmière entre 9 h 30 et midi.

- préparation de plaquettes de médicaments, qui consiste à sortir ceux-ci des semainiers où une préparatrice en pharmacie les a déjà rangés, pour les ranger dans des plaquettes en plastique différentes pour chaque service. Préparation des gouttes et des sachets. Ce travail autour des médicaments prend 4 heures de temps infirmier. Une fois les plaquettes remplies, nous allons distribuer ceux-ci à la salle à manger, dans chaque assiette, avant l'arrivée des résidents.

- réunion avec l'équipe aide-soignante du service dont chaque infirmière est référente. L'après midi se passe à terminer les pansements qui n'ont pas été faits le matin, recevoir les médecins, faire les changements de traitements, prendre les rendez-vous suite aux prescriptions médicales, voir les familles, répondre aux appels téléphoniques de celles-ci, puis la signature de tous les actes infirmiers que nous avons réalisés dans la journée, dans les dossiers de soins des résidents, une signature pour chaque acte. Redistribution des médicaments en salle à manger avant le dîner, pose des perfusions pour les réhydratations, injections d'insuline..

Nous ne faisons aucun soin de nursing, ne nous occupons pas des pommades, ni des préventions d'escarres, que nous n'avons pas le temps de faire et que nous " déléguons " aux aides soignantes et agents de service. J'ai de bons contacts avec cette équipe, qui accomplit un travail sérieux, et au sein de laquelle règne une bonne entente.

Bien que chacune référente d'un service, nous travaillons dans tout l'établissement : il n'arrive jamais qu'une infirmière ne s'occupe que d'un service, ni que deux infirmières travaillent aux mêmes horaires car les effectif ne le permettent pas:, le travail de tout l'établissement est réparti entre trois horaires différents au cours de la même journée. A part les temps de pause, nous sommes occupées tous le temps. Quand une infirmière est en repos ou en congé, nous travaillons à deux, en courant tout le temps, dans une précipitation constante.

Audit : un temps de travail facturé deux fois :

Un matin la directrice nous informe lors de la pause que nous allons avoir la visite d'une infirmière cadre d'un hôpital d'une ville proche pour un audit concernant la pénurie de personnel : elle va nous auditionner et observer comment nous travaillons, afin dans un deuxième temps, de nous communiquer des " fiches de postes " définissant le travail que chaque catégorie d'agent est censé réaliser.

L'infirmière cadre se présente dans la salle de soin au cours de la matinée dans la salle de soin alors que nous préparons les plaquettes et les sachets de médicaments et nous interroge sur notre vécu du travail. Je lui demande ce qu'il en est de notre responsabilité suite aux erreurs inhérentes à la précipitation dans laquelle s'effectue le travail, et au fait que nous ne pouvons accomplir l'ensemble des tâches infirmières, déléguées au reste de l'équipe. Elle me répond que nous sommes pénalement responsables des erreurs que nous commettons, et de celles commises par les équipes auxquelles nous déléguons les tâches infirmières, qui agissent sous notre responsabilité. Je lui fais remarquer que nous ne sommes pour rien dans cette pénurie, qu'elle n'est pas de notre fait, et que nous n'avons pas à en assumer les conséquences. Elle ajoute alors qu'en cas de faute, une commission se réunit pour statuer sur les responsabilités. Je lui demande qui, à part les infirmières, est jugé responsable: selon elle, la directrice peut être mise en cause si elle privilégie un nombre d'animatrice plus élevé que celui des infirmières, ce qui est le cas dans l'établissement où travaillent quatre animatrices qui organisent les activités pour les gens valides.

Je lui décris nos conditions de travail, les blocages à différents niveaux, le fait que les infirmières changent de profession au bout de 10 ans en moyenne, et que le nombre de diplômées formées est deux fois plus important que celui des infirmières travaillant effectivement. Au fur et à mesure de mes propos, je vois son visage se décomposer : elle ne supporte pas d'être confrontée aux incohérences de la situation et cesse de s'adresser à moi pour auditionner ma collègue, diplômée depuis peu et qui travaille dans l'établissement depuis l'obtention de son diplôme. Elle conclue en disant qu'elle retiendra pour son audit que le nombre d'infirmières est insuffisant et que nous sommes stressées.

Les jours suivants, j'apprends que l'établissement a payé une somme rondelette pour cet audit, qui s'élève à quelques milliers d'euros. Je réalise que l'infirmière cadre, qui travaille pour un hôpital et touche un salaire de fonctionnaire, est déjà payée par l'Etat pour le temps passé à cet audit, et que le prix qu'elle en demande, pour un organisme donné, n'a pas lieu d'être, son temps de travail étant facturé deux fois, une fois par les deniers publics, et une deuxième fois avec la facture qu'elle adresse à la maison de retraite, qui va à un organisme privé.

Le lendemain, elle réunit les deux autres infirmières pour leur communiquer une documentation, en attendant les fiches de postes. Je ne suis pas convoquée, ceci s'adressant, dit-elle, seulement aux agents titulaires. Je sens que mon vidage de sac de la veille n'est pas de son goût, et qu'elle n'a pas du tout envie de ma présence ni de mes questions dérangeantes. Je ne la reverrai pas, car elle part en vacances et ne donnera les conclusions de son audit qu'en septembre. Toutefois, si j'en crois les aides soignantes qui y travaillent toujours en ce début du mois d'octobre, elles n'ont plus entendu parler de l'audit, ni des fiches de poste promises.

Quelques jours plus tard, la directrice vient me trouver pour m'informer que mon contrat se terminera à la fin août, car, dit elle, je n'ai rien appris depuis le premier jour.

Je lui adresse un rapport de 9 pages relatif à l'organisation interne, mise en place dans le passé dans le contexte d'une équipe de 4 infirmiers dont un infirmier coordinateur, mais dont la complexité et les tâches inutiles sont inadaptées au contexte présent, en lui proposant une organisation simplifiée, allégée, en fonction des besoin des résidents.

Seule infirmière de jour pour 135 résidents :

Mes collègues partent en vacances l'une après l'autre. L'une d'elle se retrouve à travailler seule un jour et me demande de revenir sur un repos, ce que je fais bien volontiers car elle ne pourra pas effectuer tout le travail. Mais elle part en vacances le lendemain, et, en dépit de mes supposées lacunes, je me retrouve ensuite à travailler seule sur toute une journée, devant accomplir le travail de trois personnes. Le premier jour, je bénéficie néanmoins de la présence d'une intérimaire, qui doit travailler seule dans la soirée, mais je dois lui donner un minimum d'informations sur l'établissement, les soins qu'elle est censée réaliser, la disposition des lieux, etc. En raison du nombre d'informations, impossibles à assimiler toutes dans l'immédiat, l'intérimaire est complètement stressée, n'arrive pas à retenir ce que je lui dis, et se trouve face à une tâche écrasante qu'elle n'est pas en mesure de réaliser.

Une fois mon travail terminé, je la laisse seule pour la soirée, en lui laissant mon n° de téléphone au cas où elle aurait des problèmes : pose des perfusions, distribution des médicaments à la salle à manger et injections d'insuline. Elle m'appelle vers l'heure du dîner: panique à bord, elle ne trouve pas le matériel, est perdue dans le bâtiment, et les aides-soignantes ne l'aident pas. A mon retour le lendemain matin, son travail s'est révélé désastreux : nombreuses erreurs dans la distribution des médicaments, certains résidents ont pris les traitements destinés à d'autres, se sont endormis à table, ont fait des malaises, etc. Son contrat d'intérimaire, signé pour huit jours, est interrompu.

Je travaille donc seule les jours suivants, sans incident, mais à toute vitesse, 10 heures au lieu de huit, et, en raison de la somme de travail qu'il m'est impossible d'accomplir toute seule, devant choisir entre faire les pansements et poser les perfusions, ou préparer les plaquettes de médicaments. Je décide de réaliser l'ensemble sur deux jours : un jour consacré aux pansements et perfusions, et le lendemain aux médicaments. Je laisse la paperasserie de côté, et la préparatrice en pharmacie se charge de faire les changements de traitements.

Comparant avec les effectifs de l'hôpital psychiatrique de la ville la plus proche, qui héberge 100 patients dans quatre services, l'effectif minimum est de deux infirmiers présents pour chaque service de 25 patients, à savoir 4 infirmiers pour chaque service, 16 pour tout l'établissement par jour. Je travaille ici seule pour 135 résidents : une grande part sont grabataires ou handicapés, certains ont des pathologies diverses graves, et le nombre de morts des mois précédents était plutôt élevé. Toutefois en dépit de la canicule, aucun mort à déplorer pendant ces deux mois d'été, en raison de l'embauche d'agents canicule qui viennent renforcer les équipes d'aides-soignantes et agents de service.

J'interpelle un médecin sur la situation, qu'il trouve inacceptable : il a lui-même porté plainte contre un directeur précédent qui faisait faire des actes infirmiers à des gens non formés, mais la procédure a pris 10 ans et n'a pas abouti. Il ne peut rien faire à son niveau et me conseille d'écrire une lettre de décharge de responsabilité au médecin attaché à la maison de retraite qui revient de vacances dans quelques jours. Je rédige donc le courrier suivant :

 

 

Docteur ,

Je vous adresse ce courrier au sujet de mes conditions de travail actuelles, me trouvant à travailler seule depuis la semaine dernière, pour effectuer le travail journalier réalisé dans des conditions normales par trois infirmières pour 135 résidents.

En raison de mon arrivée récente, je suis loin de maîtriser les informations relatives à l'ensemble des résidents, connaissant surtout ceux qui se trouvent dans le service dont je suis référente, le bâtiment C. La somme de travail à laquelle je suis confrontée dépasse de très loin mes capacités d'exécution: quand nous travaillons à trois infirmières, nous sommes occupées à temps complet. Quand nous sommes deux par jour, nous courons sans cesse et devons souvent travailler plus que les huit heures prévues pour nous acquitter de l'ensemble des tâches. Quand je suis toute seule, je courre tout le temps, sans pouvoir réaliser le travail que j'ai à accomplir, et sachant que je ne pourrai le faire.

Je suis très surprise d'être confrontée à un tel rythme de travail, ce qui ne m'est encore jamais arrivé depuis le début de ma carrière en 1978. Ces conditions de travail, qui ne sont pas compatibles avec la qualité des soins à laquelle les résidents ont droit, ne me permettent pas d'assurer leur sécurité physique dans l'ensemble de l'établissement. Un certain nombre des personnes ont des pathologies lourdes et nécessitent une surveillance qu'il m'est absolument impossible d'assurer dans ce contexte, submergée par une somme de travail correspondant à 24 heures de travail infirmier, que je ne peux réaliser en 8 ou 10 heures, indépendamment de ma bonne volonté. De ce fait, un ensemble de tâches ne peuvent être accomplies, venant s'ajouter au travail du lendemain qui s'effectuera dans des conditions similaires.

Pour ce qui est des agents de service et aides-soignantes, auxquels je suis censée " déléguer " la part du travail infirmier que trois infirmières ne peuvent accomplir en temps normal, ils sont également en sous effectif : pour ce qui est du bâtiment C, il arrive que les agents aient une douzaine de toilettes à réaliser le matin en plus du reste de leur travail, ce qui n'est pas non plus un contexte favorable à l'administration de soins que nécessitent des résidents invalides ou grabataires, comme c'est le cas pour un fort pourcentage de gens résidant dans ce service. En conséquence, il m'est impossible de " déléguer " quoi que ce soit au reste de l'équipe.

Mes deux collègues qui travaillent depuis des années dans la maison de retraite sont réticentes à accepter cet état de fait, me demandant de revenir travailler quand elles mêmes sont les seules infirmières sur le planning, hormis les week-end, où elles travaillent seules, mais la charge de travail y est moindre qu'en semaine. En conséquence, n'ayant aucune responsabilité personnelle dans cette situation, et ne pouvant réaliser un travail supérieur à celui que mes collègues savent qu'elles ne peuvent accomplir, je décline toute responsabilité sur les conséquences pouvant résulter de cette situation sur l'état de santé des résidents.

J'ai adressé à la directrice de l'établissement la semaine dernière, un travail de 8 pages sur l'organisation interne du travail infirmier, avec un ensemble de suggestions qui permettraient d'alléger certaines tâches: j'ai passé plusieurs heures aujourd'hui dans la manipulation des médicaments, alors qu'ils sont déjà rangés dans des semainiers par la préparatrice en pharmacie, et pourraient être distribués directement aux résidents en un temps bien moindre, au moment des repas. Sur le plan informationnel, la dispersion des dossiers dans des lieux différents rend impossible une connaissance rapide de l'état de santé des gens, les renseignements contenus dans les dossiers de soin étant souvent parcellaires, dispersés et non actualisés : la majorité des informations se trouvent dans les dossiers de soin aides-soignants, dispersés dans tous les services.

Je décline donc toute responsabilité concernant une organisation interne que je n'ai pas participé à élaborer, qui peut peut-être convenir à une équipe de 4 infirmières et d'un infirmier cadre, mais qui est totalement inapplicable par un seul individu dont les capacités sont tributaires des capacités et des limites de son organisme: à l'impossible nul n'est tenu, et quelque soit ma bonne volonté, je ne peux pas travailler sérieusement dans de telles conditions.

J'ajoute qu'il n'était pas du tout explicité dans mon contrat d'embauche, ni verbalement, ni par écrit, que je doive assurer le travail de trois infirmières à moi toute seule et assumer la responsabilité de l'ensemble des soins journaliers requis par 135 résidents, sans quoi je ne pense pas que j'aurais accepté ce travail.


En conclusion, je décline toute responsabilité sur les conséquences qui pourraient résulter sur l'état de santé des résidents de l'incapacité dans laquelle je me trouve d'assurer l'ensemble du travail infirmier, les manques dans mon travail n'étant pas d'origine subjective, mais inhérents à une situation extérieure objective n'ayant rien à voir avec moi. Je décline également toute responsabilité sur les conséquences pouvant résulter du travail des aides-soignantes et agents de service, qui, selon les textes en vigueur actuellement, travaillent sous la responsabilité de l'infirmière et dont celle-ci est censée répondre au niveau judiciaire le cas échéant.


Je vous adresse une copie du document remis à la directrice la semaine dernière. En espérant que vous pourrez influer sur cette situation, je vous remercie de votre compréhension et vous prie d'agréer, Docteur, l'expression de mon sincère dévouement.

 

 

Mon courrier est bien accueilli, les médecins étant généralement en phase sur le plan de la sécurité des patients avec les infirmières, dont ils connaissent les conditions de travail. Ils sont également surchargés, en raison de la réduction de leur nombre au cours de ces dernières années, et subissent également le joug administratif qui a également dévalorisé leur statut et les prive des moyens d'exercer leur travail correctement. Il m'assure de son soutien. Je communique une copie de ma lettre à la directrice, qui me dit ne pas trouver d'infirmière. Mais en me renseignant auprès des agences intérim de la région, j'apprends qu'elle n'a fait aucune démarche auprès de celles-ci, et constate qu'elle n'a mis aucune annonce dans le site de l'ANPE.

Je communique mes courriers à l'équipe aide-soignante, qui leur fait un accueil inattendu : dès le lendemain une copie est affichée dans le vestiaire, à disposition de tout le monde.

Je terminerai mon CDD dans des conditions similaires, sans incident, sans avoir revu la directrice, partie en vacances, qui ne reviendra que début septembre. A mon départ, je ne suis pas remplacée.

Toutefois ce lieu de travail aura été riche d'enseignements sur la technique qui consiste à utiliser comme prétexte une pénurie d'infirmière crée de toute pièce pour justifier des audits payés deux fois, dont une pour le compte d'organismes privés, à des fonctionnaires passés du statut de soignants à celui d'administratifs et de professionnels de l'autorité, qui participent à l'organisation de cette pénurie dans la mesure où avant la réforme des études d'infirmières, l'apparition des écoles de cadres, et la création des IFSI, ils effectuaient un travail soignant dans les services, tout en rejetant la responsabilité et la culpabilité de leur défection sur le personnel soignant.

Des pratiques illégales et inconstitutionnelles en France :

Tout ceci me semble intéressant pour comprendre en quoi consiste exactement la " dérégulation des services publics ", et ses mécanismes qui ne sont nullement explicités au départ. A tous les niveaux on constate une similarité de structure, de comportements, basée sur l'escroquerie. Idem avec la création d'un chômage artificiel qui consiste à faire faire le travail de 3 personnes par une seule, afin de dévier l'argent des salaires vers des sociétés privées, dont les émoluments sont prélevés sur la masse salariale des entreprises publiques.

Publié dans Politique de santé

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Isabelle Aubert-Baudron 12/04/2009 00:25

Merci pour vos évaluations sur cet article, toutefois une précision à l'intention de patdinina972, l'auteur de ce blog :
Je n'ai rien contre le fait que tu mettes mes articles en ligne
"A qui profite la pénurie infirmière ? " http://viehopital.over-blog.com/article-13749854-6.html#anchorComment et "Description des conséquences de la privatisation et de l'économie de marché observées dans le secteur de la psychiatrie publique" , http://viehopital.over-blog.com/article-12971975.html , à condition que tu respectes le code de la propriété intellectuelle http://www.celog.fr/cpi/index.php, à savoir:
- que tu m'en informes et le fasses avec mon accord,
- que tu en indiques la source, qui est la suivante : Enquêtes sur les mécanismes de l'économie de marché dans le domaine de la santé http://semantiquegenerale.free.fr/enquetes.htm

Isabelle Aubert-Baudron

Ludivine 10/12/2007 20:35

Ne pensez-vous pas que le manque de personnel et d'équipement est voulu et orchestré par le gouvernement actuel, dans une perspective de privatisation?

Sophie 16/11/2007 19:18

Témoignage net, concret, précis qui apporte un bel éclairage sur les conditions de travail de certaines d'entre nous.
Merci Isabelle d'avoir partagé ce vécu.
Juste pour l'histoire, il me semble, mais il faudrait retrouver le texte, qu'un contrat non signé après 3 jours de travail revient à une embauche!

marielle 13/11/2007 05:12

La penurie est vraiment voulue.
Comment aider les jeunes a vouloir pratiquer notre métier si dans le même tps on ne le rends pas attrayant?