Début difficile : l'ascension de l'éverest

Publié le par patdinina972

Une semaine après l'obtention de mon diplôme, je commençais de nuit dans un hôpital de la région parisienne. Fier de ma nouvelle situation, auréolé de ma réussite, je traversais Paris en R.E.R., sourire aux lèvres. 
Arrivé le dernier, pourtant à ma montre, j'avais dix minutes d'avance, mes collègues étaient déjà partis exp-hor-makaluII-arete-sommitale.jpgdans les services d'affectation; Ma cadre très souriante, je le compris par la suite me dit : 
-Très heureuse de ta venue; ce soir pour commencer ton baptème, tu seras en chirurgie vasculaire.
-Je serai avec qui? lui dis-je
-Deux collègues sont déjà là-haut.
-Ok, j'accours.
Quelle surprise et désilution à mon arrivée! Je compris aussi pourquoi mes collègues du pool etaient venus plus tôt!

27 patients dans ce service avec une réa de 6 places. Effectivement, deux collègues étaient à leur poste, un infirmier en réa et un autre avec moi, un aide-soignant. Je vous le dit tout de suite, ce fut un baptême rempli d'émotion.
Les filles du soir, peu joviales, me firent les transmissions à une vitesse incroyable. Le train est moins rapide que ces filles, mais tout de même plus esthétique. Il me semblait voir deux personnes usées par le travail, aigries par la vie. Elles voulaient miner mon moral.
-Bon courage, me disent elles avec un sourire narquois.

Première nuit, premier frisson. Une sonnerie retentie, une femme jeune, condamnée par un cancer généralisé, me demanda de la morphine. Je m'exécute. En revenant, elle etait en larme. 
"Que dois-je faire? La laisser parler? l'écouter? Non, j'ai pas le temps, je dois préparer les feuilles et les tubes des bilans du matin, commencer les transmissions, et j'en passe!  Je ne peux pas lui faire cela!?? Pffffffff......."
Pleins de chose arrivaient dans ma petite tête : "elle est plutôt jolie, c'est dommage ce qui lui arrive, pourquoi cela lui arrive t-il aussi tôt? pourquoi autant de souffrance? a t-elle un petit ami? Il faut que je me reprenne".
Je lui tenais la main et j'écoutais, enfin, j'essayais de l'écouter, car je pensais à ce que l'aide-soignante m'avait dit en arrivant dans le service "ici, pas le temps d'écouter les patients, ton travail c'est la technique et les paperasses, laisse tes sentiments au placard."

Deuxième frisson. Une dame, ayant une jambe amputée, hospitalisée pour dissection aortique ayant des atteintes des artères cervicales avait un pansement sale qui semblait être imbibé de sang. Elle souffrait énormément. Après la mise en place d'une pompe à morphine, je me décidais de refaire le pansement. En le retirant, un filet de sang salit ma blouse. Un nerf, oui c'est bien cela, un nerf a cédé. Pour une première, c'est une première.  Avec mon collègue aide soignant, on décida de jouer les apprentis chirurgiens tout en ayant au téléphone le médecin de garde qui ne pouvait pas se déplacer. Au passage, je n'ai jamais su pourquoi. Il me donna des consignes, je fis ce que je pouvais. Je m'appliquais mais à une vitesse grand V à faire un pansement-garrot qui ressembla plutôt à la fin à un foulard sur la tête d'une maman antillaise. 

Après cette intervention, je suis allé me changer. Au vestiaire, je me suis regarder sur le miroir, je ressemblais à un charcutier en rute avec son morceau de viande. Heureusement que j'avais une blouse de rechange.

Sur dix heures de travail, je me suis assis environt 30 minutes, le temps des transmissions et des préparations de dossiers pour les blocs et les bilans; 13 bilans à préparer, 7 blocs programmés, ajoutons aussi les différentes préparations medicamenteuses.

Toute cette nuit, je me promis que je n'y retournerai pas la nuit prochaine. J'arriverai, non avec dix minutes d'avance mais au moins trente minutes. Je commençais à injurier intérieurement ma cadre, elle aurait pu me dire les difficultés du service, elle est ....! c'est une .....!
Le seul sourire de la nuit, plûtot un fou rire, c'est lorsqu'un adolescent de 17 ans avait envie de vomir, je lui proposait un haricot, il me rétorquais "non, mais j'ai pas faim!"
Mes débuts furent très difficiles, mais au bout, j'y suis arrivé telle l'ascension du mont éverest.

Publié dans Ma vie à l'hôpital

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Elo 27/11/2007 22:19

je suis aussi infirmiere depuis peu et lorsque j'ai lu ton histoire. Je m'y suis totalement retrouvée Bien que je travaille dans un service peu technique il me semble que la place du soin relationel est réduite. De nombreux patients ont besoin d'être entendu, d'exprimer leurs difficultés, leurs maladies. Lorsque je travaille j'ai a peine le temps de demander aux patients : "comment ça va?". Et pourtant j'écourte mes pauses; Merci pour ce beau témoignage qui montre un réél manque dans nos soins.

patdinina972 28/11/2007 00:14

C'est le cas d'un gran nombre de bos confrères, ce n'est pas un cas isolé, malheureusement !Moi aussi je vis des moments difficiles dans mon travail, pourtant que j'aime, mais les pouvoirs publics et notre hirarchie n'écoutent pas nos doléances, mais au contraire pensent et pensent toujours aux frics, un mot qui fait et fera du mal à l'hôpital !

Artémis 27/10/2007 14:07

Bonjour,

Je vous souhaite la bienvenue dans Parlons franchement.
A bientôt.

PATRICK 19/10/2007 21:47

C'est rocambolesque. MOi m^me infirmier, certains journées ressemblent à les tiennes
bon courage

shama19 19/10/2007 18:15

Bon courage pour la suite!
Pas facile, ton métier !

gabrielle 15/10/2007 22:30

j'admire ton courage, bise et à bientôt pour des pentes plus douces !